Jean-Marie Rodrigues 

n’en fait qu’à sa tête.

Et cette tête n'est qu'une partie du corps, celle, justement qui sécrète, en secret le plus souvent l'âme, anima et l'esprit, animus, catégories de la philosophie médiévale chez Guibert de Nogent, remises à l'ordre du jour par Carl Gustav Jung au début du XX siècle, dans sa psychologie des profondeurs ...  « L'anima est la source d'humeurs et de caprices, l'animus, lui, est la source d'opinions» écrit-il dans la « Dialectique du moi et de l'inconscient ».

Que cherche Jean-Marie Rodrigues ? Nous assene-t'il son animus ? Veut-il éveiller notre inconscient? Mais quid du corps, du reste du corps? A la limite, du corps étêté?

Dans la trilogie réel, imaginaire, symbolique, le réel, c'est le corps. Tout fonder sur le lieu de production de l'anima et de l'animus, c'est oublier le corps, le réel. Pourquoi occulter ainsi le corps ? Que cherche à nous dire par son parti pris Jean-Marie Rodrigues ?

Les techniques du corps et sa signification symbolique sont de tous temps et dans tous lieux mises en rapport avec ce qui arrive et part de la tête. Comment, et surtout pourquoi, le soustraire, le nier?

Mais les couleurs, perçues par la tête, ont un effet sur le corps. Il suffit de revoir le «Traité des couleurs» de Goethe ou les travaux de Joseph Itten au Bauhaus.

Car nombre de tableaux exposés n'utilisent que les trois couleurs anthropologiques selon l'analyse de Michel Pastoureau : le blanc, c'est le propre, le noir, c'est le sale et le rouge, le teint. Hormis ces trois couleurs, significativement symboliques dès l'origine, d'autres sont déclinées dans d'autres tableaux. Elles sont hors de l'animus primordial. Pour quelle signification?

En peignant ce qu'il peint, Jean-Marie Rodrigues nous interroge profondément et ces questions montrent aussi, en grande partie, ce qu'il dévoile de lui, peut-être inconsciemment.

Yves AGUILAR    4.XI.09